L’ANALOGIE
HYDRAULIQUE
Christian
Malric
Professeur
Alors que les exemples d’analogies
foisonnaient dans les livres du second cycle, ils ont disparu dans les manuels du
collège. Les didacticiens, semble-t-il, n’appréciaient pas cette manière
de faire appréhender les grandeurs électriques. Les images utilisées pouvaient
donner des idées fausses aux élèves.
Pourtant l’analogie Intensité
<==> Débit ne pose pas de problème et elle est très utilisée. Elle était
même préconisée dans les programmes de 93 (utilisation de circuit uniboucle avec des bulles d’air). Les mêmes
concepteurs éludant en même temps la tension. La définition donnée était : « La
tension, c’est ce qui se mesure avec un voltmètre » (Déclaration d’un
des membres du GTD lors des journées de Décembre 93).
Bien entendu cette définition n’a
pas satisfait de nombreux collègues qui ont, au moins par des exemples, fait
comprendre à leurs élèves ce que la tension faisait dans un circuit.
Les livres, suivant le programme,
ont bien sûr, eux aussi, éludé la difficulté en introduisant la tension directement
ou tout au plus en parlant des piles. Les élèves qui n’avaient pas compris
en classe, n’avaient pas beaucoup d’explications dans leur manuel.
Il serait temps que cette façon de procéder
change et que l’on puisse à l’aide d’exemples bien choisis,
introduire (comme cela se faisait au lycée), la notion de tension avec des
analogies, afin que les élèves cessent de confondre les deux grandeurs.
Les concepteurs des nouveaux programmes
du cycle central l’ont bien compris qui préconisent l’utilisation d’analogies
hydrauliques ou mécaniques dans les activités.
Dans le document d’accompagnement
§ D9, ils approfondissent une analogie mécanique de Dupin et Joshua consistant
à représenter un courant par un train dont le premier wagon est relié au
dernier sur une voie ferrée circulaire (de même longueur). Des cheminots
pousseurs (pile) font tourner le train (courant électrique) qui est freiné sur son parcours
par un dispositif ralentisseur pourquoi
pas les rouleaux d’une station de lavage (résistance,
filament). Un cheminot compteur de wagons (ampèremètre)
en compte le débit (intensité du courant).
A-t-on parlé d’ampèremètre et d’intensité du courant ? Mais alors
cette analogie doit être utilisée en 4ème alors qu’elle ne figure qu’au
programme de 5ème !
Cette analogie peut être poussée plus
loin. Comme il est dit dans le document d’accompagnement
- en mettant
plus de ralentisseurs, les wagons sont plus freinés
- en mettant
plus de cheminots pousseurs, les wagons vont plus vite et là on approche l’analogie
avec la tension de la pile.
Cependant cette analogie ne permet pas
d’interpréter la tension aux bornes d’un récepteur ni le partage
des intensités à un noeud.
Pour ces raisons, l’analogie
hydraulique permet de mieux rendre compte des phénomènes. Le postulat, facilement
admis par les élèves, est, qu’il ressort d’un tuyau plein la même quantité
de liquide qu’il y en est entré pendant le même temps ce qui implique que
le liquide est incompressible, que le tuyau ne se dilate pas et qu’il n’est
pas percé.
Cette analogie permet de bien représenter
l’intensité et la tension, les lois des circuits et d’autres
propriétés.
Comment
retrouver les lois des circuits avec des analogies hydrauliques ?
On a coutume de
comparer un générateur à une pompe. Un générateur fait circuler un courant de
sa borne positive vers sa borne négative dans un circuit fermé constitué d’éléments
conducteurs comme une pompe ferait circuler un liquide dans un tuyau ininterrompu
entre la sortie et l’entrée.
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Recherchons d’autres
similitudes.
Le courant est plus
intense si le débit d’électricité est plus important.
La quantité de liquide est plus importante si le débit est plus grand
Analogie : Débit du liquide <=> Intensité
du courant
Une pompe fonctionne en boucle en poussant un liquide coloré dans un
circuit constitué de tubes de PVC.
Un tuyau étroit jouera pour le liquide le rôle du filament d’une
lampe pour le courant et inversement un tuyau large se comportera comme un bon
conducteur de liquide.
On pourra donc comparer les deux types de circuit.
On trouve immédiatement l’analogie des lois de l’intensité
bien entendu s’il n’y a pas de fuites.
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Analogie :
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En tout point du tuyau le débit est le même
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L’intensité est la même en tout point d’un circuit série.
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Analogie :
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Le débit de la pompe se partage à la bifurcation.
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L’intensité du circuit principal est la somme des intensités
dérivées
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Encore d’autres ressemblances
troublantes
Ce qui fait circuler l’électricité
dans un circuit, c’est la tension (différence de
potentiel) entre les bornes du générateur.
Ce qui fait circuler le liquide dans la boucle, c’est la pression
(plus exactement la différence de pression) qui
existe entre la sortie et l’entrée de la pompe du fait de la perte de
charge dans les tubes fins qui présentent ainsi une « résistance hydraulique ».
Comme il est dit dans le document d’accompagnement p. 87, c’est
Ohm qui montra que chaque point d’un cicuit
fermé possédait une « force électroscopique »
(potentiel électrique) qui décroissait tout au long du circuit. Il en est de
même avec la pression qui diminue tout au long de la boucle.
Analogie : Pression du liquide <=> Pression électrique
<=> Potentiel
ou bien Différence de
pression <=> Tension
On peut réaliser un tableau semblable, avec les mêmes restrictions que
pour le précédent.
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Analogie
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La différence de pression entre A et C est la somme des différences de
pressions entre A et B et entre B et C
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La tension entre A et C est la somme des tensions entre A et B et
entre B et C
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Analogie
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La différence de pression entre D et E est la même quel que soit le
chemin emprunté.
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La tension est la même aux bornes des 3 dipôles branchés en parallèle
entre D et E.
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Mais comment montrer le débit et la pression
dans ce circuit hydraulique ?
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1)Le dispositif
- La pompe P alimentée par une tension réglable, établit un courant de liquide dans un circuit desservi par des tuyaux larges qui alimentent des tuyaux plus fins enroulés figurant des filaments de lampe (résistances) L1, L2 et L3..
L1 et L2 sont en dérivation et l’ensemble est en série avec L3 qui peut être court-circuité par un gros tuyau.
- Des moulinets montrent la circulation du liquide dans certaines branches.
- Des robinets R, R1, R2, R3 permettent de la couper.
- Des tubes verticaux A, B, C, D, E permettent de repérer la pression du liquide le long du circuit par les hauteurs atteintes en référence à la table.
2) Fonctionnement
- Pompe arrêtée : le niveau est le même dans les 5 tubes (pas de différence de pression) -analogie : pas de tension
- Pompe en fonctionnement :
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Circuit série. R1 et R3 laissent passer le liquide. R2 et R le coupent.
Les 2 moulinets en série avec L1 et L3 tournent à la même vitesse. Le débit est le même (il n’y a pas de fuite) - analogie : l’intensité est la même en tout point d’un circuit série.
Les niveaux en A et en B sont les mêmes : il n’y a pas de baisse de pression dans le tuyau large - analogie : pas de tension aux bornes d’un fil conducteur . Il en est de même pour les mêmes raisons pour D et E
La différence de niveau entre A et E se retrouve donc entre B et D - analogie : la tension du générateur se retrouve aux bornes de l’ensemble des récepteurs en série.
Cette différence de niveau entre B et D est la somme des différences de niveau entre B et C et entre C et D - analogie : la tension aux bornes de l’ensemble est la somme des tensions aux bornes de chacun des dipôles en série. |
Remarque : Le tuyau de L1 a une longueur double de celui de L3, la différence
de niveau entre B et C est avec une bonne approximation le double de la différence entre C et D ce qui permet de faire même
une analogie de la loi d’Ohm.
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Circuit en dérivation.
Attention, si on modifie un circuit les niveaux et
les débits vont changer.
Il faudra régler le
débit de la pompe
On ouvre en plus R2 pour
faire passer le liquide dans L2.
Le moulinet de la branche de L3 tourne plus vite que les 2
autres. En comptant les tours, on peut vérifier approximativement l’additivité des débits.
La différence de niveau entre B et C
est la même pour L1 et L2. - analogie : tension identique aux bornes de dipôles en parallèle.
On ouvre en plus R pour faire passer
le liquide dans le gros tuyau. Le moulinet de la branche de L3 s’arrête.
On a court-circuité L3. Le niveau du liquide est à la même hauteur
dans C et D - analogie : tension nulle aux bornes d’un
court-circuit.
3)
Commentaire
Ce dispositif permet aux
élèves de se faire une bonne idée de l’intensité et surtout de la tension. Cependant
il ne faut pas en abuser
- soit en allant trop loin en ce qui
concerne la pression.
- soit en ramenant tout au liquide.
Dans les deux cas on risque de laisser les élèves en route alors que le
système doit faciliter leur compréhension.