Académie d'Aix-Marseille Pédagogie
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ELIMINATION DES DECHETS TOXIQUES ET POLLUANTS PRODUITS PAR LES LABORATOIRES DES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES

Pierre Picard
Professeur

Résultats de l'enquête réalisée en1997 auprès des établissements d’enseignement de

l’académie d'Aix-Marseille

Un travail concernant les laboratoires et la sécurité a aussi été réalisé dans l'académie de Nancy-Metz

QUESTIONNAIRE I

Stockage des produits chimiques dans les établissements scolaires.

L'enquête révèle que très peu d’établissements possèdent un local particulier destiné au stockage des réserves de produits chimiques.

La consommation de produits dans un laboratoire d’enseignement de chimie est irrégulière et prévisible seulement à très court terme d’où la nécessité d’avoir une réserve de produits concentrés. Or le stockage de tels produits est interdit dans des locaux jouxtant des salles d’enseignement et à fortiori dans ces salles pour des raisons évidentes de sécurité.

Il est donc nécessaire d’avoir un local de stockage des produits chimiques, isolé, ventilé et éloigné des zones de passage conformément aux normes en vigueur. Par ailleurs les déchets toxiques produits par ces laboratoires ne le sont qu’en petite quantité à la fois et on ne peut concevoir leur enlèvement par une société spécialisée que une ou deux fois par an. Cela implique que ces déchets soient stockés pendant cinq ou dix mois ce qui ne peut se faire sans risque dans les locaux scolaires. Le local servant pour la réserve de produits chimiques serait le lieu idéal de stockage des déchets dans l’attente de leur enlèvement.

 

QUESTIONNAIRE II

Ce questionnaire concernait le déstockage des produits :

- dont l’usage est désormais interdit ;

- qui n’ont plus d’utilité ou sont périmés ;

- dont la nature est incertaine.

La détention de ces produits présente, outre un encombrement inutile des laboratoires, un danger certain pour quelques uns d’entre eux; c’est le cas par exemple du phosphore blanc qui servait autrefois à faire l’analyse de l’air , qui s’enflamme spontanément au contact de l’air et est conservé dans un bocal rempli d’eau . Comme il n’est plus utilisé le récipient est relégué au fond d’un placard et personne ne contrôle plus le niveau de l’eau dans le bocal...

Le déstockage des produits inutilisés ou inutilisables doit donc faire l’objet d’un contrat d’enlèvement et de destruction avec une ou plusieurs sociétés agréées au niveau académique ou régional. Ces sociétés fournissent les containers et les directives pour remplir ces derniers en fonction des catégories de produits et assurent le ramassage (voir en annexe un exemple des prestations fournies par une telle société).

Cette opération de déstockage est à priori une opération unique. Les programmes et les normes de sécurité évoluant, elle sera probablement à renouveler dans quelques années.

Une autre remarque intéressante est qu’il y a dans les établissements scolaires de l’académie entre 500 et 600 kg de mercure représentant une valeur marchande comprise entre 150.000 et 200.000 F. Comme ce produit est facile à purifier par distillation (par une société spécialisée) on peut envisager de le céder pour une somme à négocier.

La masse des produits à déstocker varie de quelques kg à plusieurs dizaines de kg selon les établissements et doit s’évaluer en tonnes pour l’ensemble de l’académie.

Les réponses obtenues sont pour certaines incomplètes, tous les laboratoires d’un établissement n’ayant pas rempli le questionnaire.

La masse totale des produits à enlever d'après les déclarations faites s’élève à 5072 kg, dont : 2500 kg d’huile de vidange ;

  • 486 kg de produits inflammables ;
  • 84 kg d’hydrocarbures halogénés ;
  • 203 kg de mercure.

On peut estimer grossièrement la masse nette de produits à enlever à en moyenne :

  • 36 kg pour un lycée ;
  • 12 kg pour un LEP ou un collège.

 

QUESTIONNAIRE III

Elimination régulière des déchets produits par les laboratoires.

Il faut distinguer :

  • Les déchets produits par les laboratoires de chimie et de sciences et vie de la terre de l’enseignement général dans les lycées et les collèges ;
  • Les déchets produits par les laboratoires de chimie de certaines sections spécialisées (sections de STL, certains BTS ) ;
  • Les déchets organiques produits par les laboratoires de biologie, microbiologie, biochimie, dont certains font déjà l’objet d’un traitement sur place (incinération) ;
  • Les déchets produits par les ateliers de l’enseignement industriel (huile de coupe, produits spécifiques particuliers...) dont la plupart sont déjà l’objet d’un retraitement par des sociétés agréées.

Comme dans les deux derniers cas le retraitement des déchets est la plupart du temps assuré nous nous sommes intéressés essentiellement aux deux premiers.

Des conversations que nous avons eues avec des ingénieurs de divers services d’assainissement des eaux usées il ressort que parmi tous les déchets produits par les laboratoires des établissements scolaires certains ne présentent pas de toxicité particulière ou de gène pour le traitement des eaux usées. Il est donc possible de rejeter une partie de ces déchets à l’égout ou à la poubelle.

Par contre les déchets présentant une quelconque toxicité ou une pollution des eaux parce que non éliminés doivent être stockés dans l’établissement qui les produit et enlevés par une entreprise spécialisée qui en assure le transport et le retraitement.

Les eaux usées subissent plusieurs traitements dont des digestions par des bactéries :

  • Les anions tels que les ions chlorure, cyanure, nitrate, phosphate, méthanoate, éthanoate... ne présentent pas d’inconvénient pour ce genre de traitement ;
  • Les cations tels que les ions sodium, potassium, calcium, ammonium... non plus ;

Par contre pratiquement tous les autres ions métalliques sont interdits de rejet à l’égout ou à la poubelle : ils sont toxiques pour les bactéries et donc inhibent le processus et se retrouvent dans les eaux après traitement (pollution de l’environnement).

Les solutions rejetées à l’égout doivent cependant être neutralisées, leur pH devant être compris entre 6,5 et 7,5.

La récupération des déchets à retraiter devra faire l’objet d’un contrat à négocier à l’échelon académique ou régional pour l’ensemble des établissements scolaires avec une ou plusieurs sociétés agréées. L’enlèvement peut être fait une fois par an (collèges) ou deux voire trois fois par an (lycées) selon le volume des déchets. Ces derniers doivent donc être stockés en attendant leur enlèvement ce qui nécessite un local adapté.

En outre le personnel de laboratoire devra recevoir une formation particulière pour ces manipulations nouvelles afin d’éviter tout accident par méconnaissance des risques (voir copie de l’article paru dans l’Actualité chimique de septembre 1994 ).

 

Valeurs moyennes des rejets liquides en litres par élève et par an :

  • Laboratoire de chimie (enseignement général) : produits organiques ..............0,50
  • Produits minéraux ............2,67
  • Laboratoire de S.V.T. (enseignement général) : produits organiques .............0,05
  • Produits minéraux .............0,10
  • Laboratoire de S.T.L. produits organiques .............1,40
  • Produits minéraux .............. 6,00
  • Laboratoire de sciences en collège produits organiques...............0,03
  • Produits minéraux .............. 0,30

Pour évaluer les volumes des rejets par exemple pour un lycée on dénombre les élèves fréquentant les laboratoires de sciences physiques , essentiellement ceux de seconde , première S et terminale S ,puis on multiplie les volumes par élève et par an par ce nombre .

CONCLUSIONS

* Il semble indispensable qu’il y ait, au moins dans les lycées et les collèges ayant des effectifs importants, un local isolé et conforme aux normes en vigueur pour stocker les produits chimiques en réserve et les déchets en attente d’enlèvement.

* Il serait utile que la gestion des produits consommés et l'évaluation des quantités et qualités des rejets soient systématisées (informatisées) afin de mieux contrôler les rejets.

* Il semble également utile de procéder à une sensibilisation et une information des professeurs responsables de laboratoires ou d’ateliers sur ce problème des déchets sous forme, par exemple, d’une journée de stage comportant quatre conférences sur :

  • Toxicité des produits rejetés ;
  • Traitement des eaux usées ;
  • Impact des déchets sur l’environnement à court, moyen et long termes ;
  • Méthodes de stockage, d’enlèvement et de retraitement des déchets toxiques.

* Il est indispensable que le personnel de laboratoire reçoive une formation sur le tri et la manutention des déchets sous forme d’un stage d’une demi-journée par exemple ;

* Un contrat devra être passé au niveau académique ou régional avec des sociétés agréées pour organiser :

  • Une opération unique de collecte des "fonds de greniers" des laboratoires ;
  • Une opération annuelle, bisannuelle voire trisannuelle de récolte des déchets toxiques et/ou polluants.

 

REMARQUES.

Certains établissements désirent se débarrasser de produits dont d’autres établissements ont un usage normal ; il est assez absurde de payer pour d’un côté éliminer ces produits et de payer à nouveau pour les acquérir.

Il serait utile que dans une académie il y ait un centre de regroupement de ces produits ou matériels afin de les redistribuer dans les établissements demandeurs.

Depuis septembre 1998 une commission déléguée par le Conseil Régional a étudié tous les aspects du problème de l’élimination des déchets produits par les différentes filières pédagogiques des lycées (laboratoires de chimie, de biologie, les ateliers etc.).

Dans une première phase six lycées de l’académie d’Aix-Marseille, plus le lycée Marie Curie et deux lycées de l’académie de Nice vont être traités à titre expérimental [collecte de déstockage en avril 1999 et organisation de la collecte des déchets courants ].

La deuxième phase consistera à traiter une dizaine de lycées supplémentaires pendant l’année scolaire 1999-2000.

En dernière phase extension de la collecte des déchets à tous les lycées et L.E.P. de la région à partir de la rentrée de septembre 2000.

L’opération mettra en œuvre plusieurs actions :

mise en conformité des locaux aux normes de sécurité actuelles :

Ventilation, hotte aspirante, armoire à produits chimiques...,

local de stockage des produits en cours d’utilisation,

local de stockage des produits de réserve,

local de stockage des déchets générés,

(Ces deux derniers locaux pouvant être regroupés) ;

- passation d’un contrat d’enlèvement des déchets avec un collecteur agréé ;

- formation des personnels chargés de manipuler les déchets ;

- formation des personnels chargés de gérer la collecte pour l’ensemble d’un établissement ;

- information des responsables de laboratoires et des chefs de travaux ;

- fourniture (par le Conseil Régional) du matériel de protection individuelle [blouses, lunettes, gants, et éventuellement casques, chaussures, sur blouses pour certaines sections spécialisées ].